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« Mes souvenirs les plus forts sont ceux des gens avec qui j’ai travaillé »

Eric Besse

Temoignage

Eric Besse - Directeur pays en République Centrafricaine


Depuis presque un an, Eric Besse travaille comme directeur pays en République Centrafricaine pour Action contre la Faim qu’il a rejointe début 2013. D’abord coordinateur terrain au Tchad et au Kurdistan Irakien, ses souvenirs d’humanitaire les plus forts sont ceux des gens qu’il a côtoyés. Des collaborateurs nationaux, impliqués malgré leurs propres difficultés, tout comme l’étaient les dix-sept employés de Muttur.

Il y a dix ans quand Muttur est arrivé, je travaillais dans le privé, je suivais énormément l’actualité, plusieurs de mes amis travaillaient dans le milieu humanitaire. Quand des humanitaires se faisaient assassiner, je lisais forcément les articles. J’avais déjà l’envie de travailler avec des organisations non-gouvernementales.

Avant de rejoindre Action contre la Faim en 2013, j’ai travaillé dans le secteur aéronautique basé en France avec beaucoup de liens avec les Etats-Unis et l’Angleterre avant de partir faire un tour du monde sans prendre l’avion pour faire de la photographie et aller à la rencontre d’autres cultures. Ça m’a pris un an pour prendre le pouls de notre bonne vieille terre et réaliser mon envie de partir à la rencontre des populations. Ensuite, je me suis installé deux ans en Colombie.

Ces voyages ont confirmé mon envie de passer à l’action concrètement. Rejoindre l’humanitaire c’était donner un sens à mes actions, avoir un impact pour essayer d’améliorer le sort des gens. Ces dernières années se sont déroulées dans des contextes complexes, dans des pays en guerre civile, mais on touche du bois, aucun décès n’a été déploré parmi mes équipes.

Il y aurait beaucoup de choses à raconter, sur ce que j’ai fait depuis mon engagement, mais ce qui m’a le plus marqué, mes souvenirs les plus forts, ce sont ceux des gens avec qui j’ai travaillé et qui souvent faisaient partie de ces mêmes populations que nous aidons.

Je pense à des personnes comme Farok, Yézidi, qui travaille avec les équipes de sécurité alimentaire d’ACF au Kurdistan Irakien. Avec sa famille, ils ont marché 200 km dans le semi-désert du nord de l’Irak pour rejoindre Zakho. Certains de ses proches ont été assassinés, d’autres sont morts de faim ou de froid sur la route. A l’époque, ils vivent dans une tour de Dabeen City en construction avec 7000 autres personnes. Tous les matins, il se levait à 4h pour assister au briefing à Dohuk qui est à 2h de route de chez lui puis il repartait sur le terrain avant de refaire le chemin inverse le soir.

Au Kurdistan irakien toujours, Bassam est un réfugié syrien qui a franchi seul la frontière en 2012 avant de faire venir sa femme et son enfant. Ingénieur en construction, il a trouvé rapidement du travail dans une société pétrolière avant d’entendre parler des ONG. Il a quitté un emploi mieux payé pour nous rejoindre. C’est une personne irréprochable avec le cœur sur la main, toujours prête à aider les gens, il a gravi tous les échelons pour arriver Program Manager national dans nos projets d’eau, d’assainissement et d’hygiène. Malheureusement il a été expulsé l’été dernier par le Kurdistan et a dû retourner en Syrie en pleine guerre civile.

Je pense aussi à nos employés nationaux en République centrafricaine. Plusieurs de nos collègues de Bangui sont régulièrement déplacés au sein de leur propre ville à cause des vagues de violences. En septembre dernier, ils ont fui leurs quartiers avec femmes et enfants, quelques affaires, pour se réfugier dans une autre partie de la ville. Leurs maisons sont partiellement détruites, leurs quartiers vidés de leurs habitants, les conditions de vie précaires et pourtant ils continuent à accomplir leur mission humanitaire avec une force de volonté et un engagement admirable.

En dix ans, l’humanitaire a beaucoup évolué. En externe, on peut dire que la perception de neutralité des humanitaires s’est dégradée et que notre accès aux populations vulnérables se réduit. Les humanitaires sont désormais pris pour cibles. Nous devons nous adapter en permanence et être les premiers garants des principes humanitaires que sont l'humanité, la neutralité, l'impartialité et l'indépendance. Il y a dix ans, Muttur a été un évènement extraordinaire dans le sens où cela sortait de la normalité, maintenant malheureusement c’est devenu un quotidien.

Découvrez tous les témoignages :



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« Mes souvenirs les plus forts sont ceux des gens avec qui j’ai travaillé »
Eric Besse

Eric Besse travaille a rejoint Action contre la Faim en 2012. Ses souvenirs d’humanitaire les plus forts sont ceux des gens qu’il a côtoyés. Des collaborateurs nationaux, impliqués malgré leurs propres difficultés, tout comme l’étaient les dix-sept employés de Muttur.

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« Même si c’est un métier dur, il y a des grands moments de fierté »
Charlotte Schneider

Charlotte Schneider est coordinatrice des réponses d’urgences. Avec son équipe, elle intervient au plus fort des crises pour apporter une aide vitale et urgente aux populations vulnérables. Le drame de Muttur, un mois avant son arrivée à Action contre la Faim, a renforcé son engagement.

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« Notre naissance est une loterie »
Caroline Antoine


Caroline Antoine est référente santé à Action contre la Faim. République démocratique du Congo, Tchad, elle a passé plusieurs années sur le terrain et se rappelle de sa situation en 2006 à l’occasion de la commémoration du drame de Muttur.

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« Les interventions d’urgence m’ont permis de me sentir la plus utile »
Marie Sardier

Marie Sardier a rejoint Action contre la Faim il y a dix ans, peu après le drame de Muttur, et travaille désormais au siège comme référente sécurité alimentaire depuis quatre ans. Elle revient sur son expérience d’humanitaire qui lui a appris beaucoup sur elle-même.

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10 ans après le drame de Muttur :
ne jamais oublier, ne jamais renoncer.

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